À l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, la biodiversité sous surveillance

Publié le 28 août 2017 à 9:37 Aujourd'hui | 1658 vues

Créée en 2015, l’association HOP! Biodiversité étudie la faune et la flore de plusieurs aéroports français, dont Roissy Charles-de-Gaulle. Son objectif : évaluer, améliorer et promouvoir la biodiversité étonnement riche de ces sites.

Mardi 22 août. Il est midi, un avion vient d’atterrir à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. À seulement quelques mètres de la piste, un petit groupe muni de gilets orange n’y prête guère attention. Tous sont émerveillés par une autre chose ailée : une Mante religieuse. « C’est la première fois que j’en vois une d’aussi prêt », lance-t-on. Armés d’une feuille et d’un stylo, ils notent tout de suite leur observation qu’ils enverront ensuite au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Eux, ce sont des employés de l’aéroport qui se sont portés volontaires pour recenser les différentes espèces d’insectes, d’oiseaux et de mammifères observées sur le site. Car contrairement à ce que l’on pourrait penser, un aéroport est aussi un espace où la biodiversité est très riche. C’est d’ailleurs ce qu’entend montrer l’association HOP! Biodiversité, créée en 2015 par la compagnie aérienne du même nom, qui organise une fois par mois ce genre de visite aux employés de la plate-forme aéroportuaire. « Cela leur permet de changer leur regard. Ils découvrent ainsi que leur lieu de travail n’est pas la plate-forme polluée, bruyante et invivable qu’ils imaginaient », souligne Julia Seitre, docteur-vétérinaire et coordinatrice scientifique de HOP! Biodiversité.

Évaluer la biodiversité….

L’association s’appuie sur la science participative pour évaluer la biodiversité du site. À Roissy, dix points ont été déterminés, selon leur accessibilité et leur intérêt environnemental, au sud de l’aéroport. Ces derniers sont visités à chaque sortie.  Au total, huit protocoles participatifs, notamment ceux développés dans le cadre de Vigie Nature par le MNHN, ont été choisis. Parmi eux, le suivi des petits animaux sous des « planches à invertébrés ». Ce jour-là, en retournant une des planches en bois, des hélicelles (petits escargots), des cloportes et une plume de faucon crécelle ont été observés. On retrouve également le suivi des abeilles solitaires via des « Nichoirs à pollinisateurs ». Sur le site, plusieurs bouteilles en plastique dotées de tubes en bois sont accrochées. Ce sont dans ces tubes que les abeilles viennent se nicher. Lors de la visite, aucun insecte ne s’y était logé. Autre protocole : le suivi des vers de terre via « Test Bêche Vers de Terre ». Ces lombrics sont de bons indicateurs de la qualité du sol et des acteurs indispensables de sa fertilité et son aération. « Nous avons fait des analyses de sols sur d’autres aéroports. Les résultats ont montré que nous avions plus de vers de terre en quantité et en diversité que sur des zones agricoles », confie Roland Seitre, docteur-vétérinaire et directeur de l’association. Preuve que les prairies aéroportuaires sont loin d’être si polluées. Engrais et insecticides ne sont pas utilisés. Quant aux herbicides, ils le sont uniquement sur des zones précises. Sécurité oblige.

À Roissy, sur les 1302 hectares engazonnés, 800 sont en zone réservée. Ici, les espaces sont ainsi protégées de nombreuses actions humaines pour des raisons de sécurité évidentes. La nature est y alors préservée, et pour une grande partie mise à l’abri du développement urbain. « Il ne faut pas oublier que les prairies sont les milieux les plus menacés en Europe occidentale. Toutes ont été transformées en zones agricoles ou en zone urbaine, industrielle. Les prairies naturelles n’existent pratiquement plus », déplore Roland Seitre.

… pour mieux la valoriser.

Évaluer et protéger la biodiversité, tels sont les objectifs de l’association. Pour elle, le respect de la biodiversité est d’ailleurs tout à fait compatible avec une activité industrielle. Certaines pratiques peuvent en effet être avantageuses pour la sécurité de l’aéroport, comme le fauchage tardif. Lorsque l’herbe est haute, les rapaces, friands de mulots et de gros insectes, ne voient pas leurs proies. Résultat, ils ne viennent pas chasser et percutent moins les avions. Ce que fait désormais l’aéroport de Roissy, grâce aux conseils de HOP! Biodiversité. Une bonne qualité de sol permet aussi aux vers de terre de se développer. En creusant des galeries, ils favorisent ainsi l’infiltration de l’eau. L’association souhaite désormais inciter le gestionnaire à tendre vers le zéro phyto. « Les aéroports échappent pour le moment à la norme car les zones réservées ne sont pas des espaces publics », explique Julia Seitre.

Aujourd’hui, sur les 500 aéroports français, 13 sont membres de l’association : Agen La Garenne, Ajaccio-Napoléon Bonaparte, Bastia Poretta, Brive-Vallée de la Dordogne, Castres-Mazamet, Lorraine Airport, Montpellier-Méditerranée, Morlaix-Ploujean, Paris-Orly, Paris-Charles-de-Gaulle (depuis avril 2017), Perpignan Sud de France, Strasbourg-Entzheim et l’aéroport de Toulouse-Blagnac. En trois ans, HOP! Biodiversité a recensé 181 espèces d’oiseaux (entre 39 et 79 par aéroport), 21 espèces de chauves-souris (sur les 34 existantes en France) et 1400 espèces végétales et animales.

L’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, le second d’Europe, n’est pas qu’un simple espace où voyageurs, Boeing ou Airbus se croisent. C’est aussi un lieu de vie pour de nombreux insectes, oiseaux et mammifères. La prochaine fois que vous prendrez l’avion, vous ne regarderez plus les prairies qui bordent les pistes de la même façon. Pour Régis.T, coordinateur santé et sécurité au travail pour CDG, sa première journée de découverte avec l’association HOP! Biodiversité a été enrichissante : “Je ne pensais qu’il y a avant tant de vie ici, je suis agréablement surpris”, confie-t-il.

Pour la petite anecdote, Roissy dispose de deux cèdres du Liban bicentenaires. Ces arbres sont situés à l’entrée de l’aéroport près de l’autoroute A1. En 2005, l’association A.R.B.R.E.S a décerné au groupe ADP (Aéroports de Paris) le label « Arbre remarquable de France » pour l’entretien, la protection et la sauvegarde de ces deux cèdres.

Plus d’informations sur HOP! Biodiversité ici.

Crédit photos : HOP! Biodiversité / Groupe ADP

Marine VAUTRIN

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