Ananas, marc de café, ortie : de quoi seront faits les vêtements de demain ?

Publié le 29 mai 2018 à 9:40 Aujourd'hui | 1934 vues

Face aux dégâts irréversibles des textiles actuels sur l’environnement, l’industrie de la mode se tourne progressivement vers des matériaux plus écologiques. Réponse Conso vous liste les tissus futuristes avec lesquels nos vêtements de tous les jours seront confectionnés !

L’industrie du textile pollue aujourd’hui massivement la planète. En Europe, 5,8 millions de tonnes de textiles se retrouvent en décharge chaque année. Des déchets qui ne se dégradent pas et qui sont issus d’une confection extrêmement polluante. En effet, l’industrie du textile utilise d’importantes quantités d’eau potable et d’énergie, consomme des pesticides, pollue des rivières, des terres agricoles et émet des gaz à effet de serre. En soi, certains matériaux textiles sont particulièrement destructeurs. Par exemple, le cuir animal tue plus d’un milliard d’animaux chaque année. Heureusement, les entreprises se tournent de plus en plus vers des alternatives écologiques.

L’ortie

“Ortie is the new cotton”. C’est en tout cas le slogan du groupe alsacien Velcorex-Matières Françaises. Son projet ? Réhabiliter la plante “à feuille velue” comme fibre textile de premier plan. En Egypte ancienne, on l’utilisait déjà pour confectionner les bandelettes qui entouraient les corps des “momies”. Fondateur de Velcorex, Pierre Schmitt souhaite la remettre au goût du jour, en remplaçant le coton, pour ses bienfaits plus écologiques. En effet, l’ortie demande peu d’eau et n’a pas besoin de pesticides pour être entretenue. Au contraire, un jean en coton requiert entre 5.000 et 10.000 litres d’eau, et sa culture demande entre 30 et 50% des pesticides de la planète. Les fibres de l’ortie sont aussi très résistantes ce qui rend le vêtement qu’elles fabriquent plus durable. Lors du salon “Première vision” en septembre 2017, le groupe alsacien avait notamment présenté son pantalon confectionné à 100% avec de l’ortie. Pour l’avenir, l’industriel pense également à des innovations originales comme des vêtements anti-stress ou anti-moustique. Écologique, et même intelligent !

L’éconyl

L’entreprise italienne Aquafil a pensé à un matériel recyclé et recyclable : un fil de Nylon produit à partir de déchets de la mer, comme par exemple du plastique ou des filets de pêche. Durable, zéro déchet et inscrit dans l’économie circulaire, l’éconyl permettrait la création de vêtements qui font du bien à la planète. Par exemple, la styliste australienne Isobel Campbell a utilisé de l’éconyl pour fabriquer des maillots de bain sous la marque “Okay Pretty” à partir de filets de pêche et de morceaux de plastique. Une idée ingénieuse qui chaque jour combat la pollution plastique des océans. Selon l’ONG Greenpeace, “nous produisons en moyenne 300 millions de tonnes de plastiques par an et on estime qu’entre 8 et 12 millions de tonnes finissent dans nos océans”.

Le cuir végétal

Le cuir constitue l’une des industries les plus polluantes de la planète et la plus dévastatrice pour l’écosystème avec le sacrifice de plus d’un milliard d’animaux par an. Par exemple, les tanneries en Inde déversent annuellement plus de 10.000 tonnes de chrome dans le Gange. Aujourd’hui, il existe de nombreuses formes de cuir végétal qui permettent de se substituer au cuir animal. On a par exemple le cuir de champignon. Extrait des chapeaux des champignons et tanné sans produits chimiques, le cuir de champignon est souple, plus doux que le daim, naturellement déperlant et antibactérien. On a aussi le cuir d’hévéa (: genre de plantes dicotylédones de la famille des Euphorbiaceae, originaires d’Amazonie), un cuir végétal produit à partir de latex constitué par la sève de l’hévéa et surnommé “tissu de la forêt”. Actuellement, on confectionne déjà des sacs à main à partir de ces deux cuirs.

Des chercheurs de l’université de l’Iowa ont aussi mis au point un cuir synthétique à partir de fibres de celluloses récupérées dans le “kombucha”, une boisson fermentée grâce à un mélange de levures et de bactéries cultivées dans du thé. Les scientifiques ont créé des prototypes de vêtement à partir des fibres du cuir de thé, un matériel entièrement biodégradable qui permet le recyclage de ressources naturelles. Il existe aussi le cuir d’algue séchée et le cuir d’ananas. Le “pinatex” est perçu comme le cuir végétal le plus prometteur. Il se confectionne à base de feuilles d’ananas tombées après leur cueillette. Une fabrication écologique que l’on peut d’ores et déjà retrouver dans des chaussures pour femme sur la boutique Po-zu.

La fibre d’agrume

La marque italienne Salvatore Ferragamo s’est associée à la société Orange Fiber pour concevoir une collection de vêtements à partir de fibres d’agrumes. Faits à partir des déchets d’agrumes (dont la quantité est estimée à 700 000 tonnes par an en Italie), les vêtements créés se présentent sous la forme de chemises, robes, foulards et pantalons avec des imprimés inspirés de paysages méditerranéens. C’est à partir de 2013 que la société a mis au point un brevet permettant de transformer les résidus en tissu en partenariat avec l’université polytechnique de Milan. Les tissus végétaux ont notamment été mis à l’honneur lors d’une exposition à Lille nommée Textifood qui expose des créations réalisées à base de fibres issues de notre alimentation quotidienne.

Le plastique

Confectionner des vêtements à partir de déchets plastiques : une idée en vogue dans l’industrie de la mode. Actuellement 91% des déchets plastiques rejetés sur la planète ne sont pas recyclés. Un fléau environnemental de plus en plus dénoncé. Les entreprises sont déjà nombreuses à avoir tenté l’expérience. En 2016, Adidas a réalisé un partenariat avec l’ONG Parley for the Ocean et Sea Sheperd afin de créer une série de paires de baskets en plastique dont l’”Ultraboost Uncaged Parley”. La marque de sport avait également lancé une gamme de maillots de bain fabriqués avec du plastique provenant de filets de pêche usagés et d’autres déchets marins. Les joueurs du Bayern ont également pu jouer avec des maillots fabriqués à partir de déchets plastiques repêchés dans les océans. La marque H&M avait elle sorti une marque de vêtement en polyester recyclé et la start-up américaine Rothy’s avait confectionné des ballerines faites à base de bouteilles d’eau recyclées. En Belgique, la marque JBC propose aussi un imperméable fabriqué à partir de bouteilles plastiques.

Le chanvre

Le chanvre est une plante de la famille des Cannabaceae cultivée pour ses vertus textiles et agricoles mais qui est parfois confondue avec le cannabis pour sa faible teneur en THC. Très cultivée au XIXème siècle et disparue dans les années 1960, cette plante écologique revient progressivement sur le devant de la scène. En France, elle comptait jusqu’à 14.000 hectares de surface dans les années 2000. Le chanvre est un atout environnemental indéniable : il résiste aux maladies, est doté d’une croissance rapide, demande peu d’énergie, se cultive sans OGM ni pesticides, nécessite peu d’entretien et presque pas d’irrigation. Sa culture rapide lui offre un rendement intéressant et sa taille allant jusqu’à cinq mètres de hauteur lui permet d’éliminer les mauvaises herbes. La tige du chanvre surnommée “chèvenotte” est constituée de fibres très résistantes qui sert notamment à fabriquer du papier, de la toile ou des matériaux de construction.

Le marc de café

Il existe une fibre textile à base de marc de café nommée “S.café”. Elle contrôle les odeurs, protège des UV et sèche rapidement. C’est un groupe de textile hawaïen nommé Singtex Industrial qui a breveté l’idée en 2010. Une innovation récompensée la même année par le Taïwan Excellence Awards. Le matériel de base de la fibre de marc de café est issu du recyclage d’un produit végétal. Une alternative écologique aux matières synthétiques pour confectionner des vêtements. La marque Timberland a par exemple intégré 16% de marc de café dans sa fibre textile polyester dans la confection de sa veste “Cycling Falmouth 61407”. Celle-ci est waterproof, respirante, anti-UV et sèche rapidement. Le marc de café permet la création de vêtements écologiques et “intelligents” qui devraient bientôt se répandre sur le marché !

Une bactérie pour les blue jeans

Une étude publiée dans la revue Nature Chemical Biology en janvier 2018 a révélé le moyen de produire de l’indigo de façon plus écologique. Une technique réalisée à la base d’une bactérie nommée “E.coli”. Les chercheurs se sont en effet basés sur le fonctionnement d’une plante indigo japonaise appelée “Persicaria tinctoria” pour créer la bactérie qui produit un composé appelé “indoxyl” et que l’on peut utiliser comme colorant. Pour produire les cinq grammes d’indigo nécessaires à la création d’un jean, il faut plusieurs litres de bactéries. Mais alors que le colorant indigo nécessite plusieurs produits chimiques afin de synthétiser le colorant du blue jean, la production de la bactérie est respectueuse de l’environnement.

Claire Lebrun

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