Béa Johnson : « le zéro déchet, ce n’est pas impossible »

Publié le 4 juillet 2016 à 17:23 Demain | 968 vues

Auteure du bestseller « Zéro Déchet », Béa Johnson, une française expatriée aux États-Unis, est connue dans le monde entier pour avoir relevé le pari de vivre sans déchet. Avec son mari et ses deux enfants, elle a réussi à contenir dans un simple bocal ses détritus d’une année et à réduire de 40% ses dépenses annuelles. À l’occasion du Festival Zero Waste qui s’est tenu à Paris, Réponse Conso l’a rencontrée.

Pouvez-vous nous rappeler vos 5 règles d’or pour tendre vers le zéro déchet ?

Béa Johnson. Refuser le superflu, réduire le nécessaire en désencombrant votre maison par exemple, réutiliser en remplaçant tout ce qui est jetable par une alternative réutilisable et en achetant d’occasion lorsqu’on a besoin d’acheter un bien matériel, ensuite de recycler seulement ce que l’on ne peut pas refuser, réduire et réutiliser. Enfin, composter le reste.

Pourquoi dans cet ordre ? Est-ce important ?

B.J. C’est très important ! Il faut les respecter dans cet ordre car le mode de vie zéro déchet n’incite pas à recycler plus, il incite à recycler moins grâce à la prévention des déchets. La prévention se fait avant tout avec les trois premières règles. Le plus vous refusez, le moins vous aurez à réduire. Le plus vous réduisez, le moins vous aurez à réutiliser, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai pas une cinquantaine de cabas réutilisables, je n’en ai que 3, je n’ai que le nombre nécessaire. Quand on adopte les 5 règles dans cet ordre, tout se met en place automatiquement. La première chose à faire est d’apprendre à dire non comme les prospectus, les petites bouteilles de shampooing dans les hôtels, les tickets de caisse, etc. Une fois que vous apprendrez à refuser, vous vous rendrez compte que c’est fou le nombre d’affaires que vous rameniez chez vous. Une fois que vous n’avez plus ces affaires, vous n’aurez plus à les gérer, les recycler, les jeter, les réparer, ainsi de suite. Quant au désencombrement, vous verrez que cela vous simplifiera drôlement le zéro déchet. On fait attention à ce que l’on a chez soi, on ne garde pas tout un tas d’affaires dont on n’a pas besoin. Cela nous permet également de remettre sur le marché des biens matériels pour les autres. C’est là toute la beauté du désencombrement. Les garder pour soi n’encourage pas le marché de l’occasion.

Vous vous contentez donc de très peu (vêtements, produits d’hygiène, etc.). Le zéro déchet ne signifie pas réduire son confort ?

 B.J. Posez-vous la question : êtes-vous vraiment heureux avec toutes vos affaires ? Moi et ma famille, nous avons juste le nécessaire, des affaires qui nous suffisent pour vivre une belle vie. Mais à regarder de plus près, quelles sont les affaires qui m’ont donné du confort ? Aucune. Elles ne me manquent pas du tout. Aujourd’hui, je vis avec légèreté et notre vie s’est nettement améliorée car j’ai moins à nettoyer, à ranger, à stocker, à réparer et à jeter. Par exemple, au niveau de la cosmétique, j’ai toujours été coquette, j’ai toujours mis du maquillage et au fur et à mesure des années, j’ai acheté différentes couleurs pour les yeux, différents mascaras, un tas de vernis. Le pire, c’est que je m’en servais une ou deux fois. Lorsque j’ai simplifié ma vie, je me suis rendu compte de tout l’espace que cela prenait. Désormais je me maquille mais différemment. J’utilise pour les yeux des cendres d’amandes grillées avec de la poudre de colle et pour les joues, j’applique de la poudre de cacao. Ici, aucun produit chimique, je sais ce que je me mets sur le visage.

Mais cela doit prendre énormément de temps tout ce que vous faites ?!

B.J. Les gens s’imaginent que je passe des journées à fabriquer des trucs. Ce n’est absolument pas le cas. Sur les blogs ou dans les livres qui parlent du zéro déchet, les gens ont fait la même erreur que moi au début, ils font tout maison, surtout pour des choses dont on n’a pas besoin et qui nous font perdre du temps ! Quand je dis que je nettoie ma maison avec du vinaigre blanc et de l’eau, on me dit « vous fabriquez vos produits d’entretien ». Pas du tout, ce n’est pas de la fabrication. Je mets juste du vinaigre blanc dans de l’eau, c’est tout. Je l’utilise pour la salle de bain, les toilettes, les vitres, etc.

Tendre vers le zéro déchet oui, comment faire à Paris, par exemple ? En France, on ne peut pas dire que ce soit facile. Ça paraît être une montagne.

B.J. Dans les petites villes, je peux comprendre. À Belle-Île par exemple, c’’est vrai qu’il est difficile de trouver des magasins de vrac mais à Paris, on se rend pas bien compte, mais il y en a presque partout. Le truc, c’est qu’on a l’impression que les magasins sont petits, qu’il n’y a rien. Bien au contraire. C’est juste qu’il n’y a pas les emballages et toute une panoplie de marques. Au lieu d’avoir dix marques de différents riz, vous allez en avoir peut-être deux. Pareil pour les lentilles, au lieu d’en avoir tout un rayon, vous trouverez qu’une ou deux marques de lentilles différentes. Je trouve d’ailleurs que cela simplifie les choses. En France, les marchés sont aussi fabuleux ! Vraiment, il y a énormément de choix. Le zéro déchet, ce n’est pas impossible. Le plus difficile, c’est juste de trouver un système qui marche pour soi. Une fois que vous avez le système en place, cela devient complètement normal et automatique. C’est pourquoi lorsque l’on me demande si je cherche encore des solutions, je leur dis non car je les ai toutes trouvées. Depuis 2010,  nous avons le même mode de vie.

Comment faire alors pour des produits comme le papier toilette ?

B.J. Moi, je l’achète dans un magasin qui vend pour les restaurants et les hôtels car dans ce cas, ils sont vendus individuellement dans du papier ou par paquet dans des cartons. À l’intérieur, ce n’est pas du plastique. Et quand j’y vais, j’en achète tout un tas et assez pour remplir mes étagères de plusieurs rouleaux. Vous pouvez trouver ça facilement.

Vous avez mis combien de temps à tout mettre en place ? C’est une démarche très longue ?

B.J. De 2008 à 2010, on a cherché. Pendant deux ans, j’ai testé des alternatives, mais c’est parce qu’il n’y avait pas de guide. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu écrire ce livre, pour qu’il y ait un guide qui permette aux personnes de pouvoir atteindre le zéro déchet plus rapidement que nous et ce, sans avoir à passer par une multitude de tests.

Avec vos enfants comment cela s’est-il passé ?

B.J. Quand on a adopté le mode de vie zéro déchet, on leur a demandé de choisir les jouets qu’ils préféraient. Cela leur a permis de faire une collection de jouets de très bonne qualité. Ils ont pu ainsi les revendre pour d’autres jouets quand ils étaient plus âgés. Je leur ai montré que quand on a juste ses jouets préférés, on a plus de temps pour jouer car on a moins de temps à ramasser. D’ailleurs, les disputes concernant le rangement de leur chambre ont tout de suite arrêté. Par rapport aux jeux vidéo, mon mari et moi nous étions contre, mais on s’est aperçu qu’ils passaient plus de temps chez les voisins que chez nous. On a alors décidé d’acheter une console d’occasion bien sûr. Et pour les téléphones portables, pareil. Ils sont d’occasion. Contrairement aux idées reçues, le zéro déchet ce n’est pas se couper de la modernité. Loin de là.

Les adolescents veulent les derniers vêtements à la mode. Comment faites-vous ?

B.J. Je fais très attention à ce qu’ils veulent. Je ne veux pas que dans 10 ou 15 ans ils me reprochent de ne pas avoir eu les mêmes choses que leurs copains comme les baskets Nike. Je leur demande ce qu’ils veulent avant d’aller en magasin de fripes et j’achète ce qu’ils m’ont demandé.

En septembre, les enfants feront leur rentrée scolaire. Une liste de fournitures est obligatoire. Quelle est votre solution ?

B.J. Il y a tout un tas de trucs que l’on peut refuser. Par exemple, une maîtresse demandait des lingettes jetables. Je lui ai expliqué notre mode de vie zéro déchet et je lui ai donné des lingettes réutilisables, elle n’y avait même pas pensé. Sur la liste, on sait qu’il y a beaucoup de choses dont les professeurs n’ont pas besoin. Pour le reste, on réutilise des affaires des années précédentes ou on achète d’occasion comme les classeurs, les cahiers. Tout cela on peut les trouver, par exemple, dans des Ressourceries. Les classeurs, on les choisit évidemment en carton tout comme les intercalaires et les pochettes. Les stylos sont des réutilisables et pour les surligneurs, il existe des crayons de couleur en bois spécialement conçus pour surligner. Avec le zéro déchet, il y a une solution pour tout !

Que pouvez-vous dire à celles et ceux qui sont encore réticents voire réfractaires ?

B.J. Je les comprends. À l’époque, cela me paraissait compliqué, très difficile. Regardez où j’en suis. Il faut qu’ils comprennent que c’est tout l’inverse. Il ne faut pas avoir peur d’adopter le zéro déchet, ça ne va pas coûter plus cher ou faire perdre plus de temps, au contraire, ils vont faire énormément d’économies et de gros gains de temps. C’est la simplicité !

En vous voyant, on a l’impression que réduire ses déchets rend heureux.

B.J. C’est le bonheur absolu. Il y a quelques années, nous avons eu un choix à faire. Soit on continuait à vivre de la même façon en ignorant ce qui se passait dans le monde, soit on changeait notre façon de faire. Nous avons choisi la deuxième option sauf qu’au départ je ne savais pas comment faire. Cela a été dur de trouver un système mais une fois que vous avez trouvé votre méthode, vous avez une autre vision du monde. C’est difficile à expliquer, mais vous comprendrez quand vous vous lancerez. La vie est tellement plus simple, on a du temps pour soi et pour sa famille. Aujourd’hui, si je me réveille avec un gros sourire aux lèvres, ce n’est pas parce que je fais un bocal de déchets par an, c’est parce que la simplicité volontaire a transformé notre vie en une vie plus riche en expériences et non en biens matériels. C’est une vie basée sur le verbe être et non avoir, c’est ça qui rend la vie plus enrichissante.

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Marine VAUTRIN

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