“Blue Heart” : le documentaire contre les barrages hydroélectriques dans les Balkans

Publié le 16 mai 2018 à 14:42 Aujourd'hui | 1397 vues

La marque californienne sportive et écologique Patagonia diffusait mardi 15 mai 2018 son documentaire “Blue Heart” à Paris. En partenariat avec des ONG et le réseau “European Rivers Network”, l’entreprise soutient une campagne de pression mondiale contre la construction de barrages hydroélectriques dans les Balkans.

“Sauver les dernières rivières sauvages d’Europe”. Tel est l’objectif de la marque Patagonia qui se fait porte-voix d’un combat écologique majeur. Initiée en 2012 par les ONG Euronatur et Riverwatch, la campagne s’adresse directement aux banques et aux multinationales qui financent la construction de barrages hydroélectriques dans le “cœur bleu” de l’Europe. Les barrages menacent les 20 000 kilomètres de rivières sauvages qui relient la Bosnie à l’Albanie. Un joyau de la biodiversité que les associations environnementales et les riverains veulent à tout prix préserver. Plus de 3.000 projets de barrages sont prévus, parfois même dans des régions protégées. Pour empêcher leur construction, Patagonia a lancé sa campagne multimédia en mars dernier. Elle invite à signer sa pétition, le but étant d’atteindre le million de signatures et de la présenter à l’Union européenne. On peut également partager des informations sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag “#TheDamTruth”. Au Mk2 Quai de Loire à Paris, Zoé Hart, porte-parole de la campagne Patagonia et le militant écologiste suisse Roberto Epple, fondateur d'”European Rivers Network”, ont présenté un documentaire saisissant. À la fois en Albanie, en Macédoine et en Bosnie-Herzégovine, des activistes écologiques et des habitants de la région y expriment leur combat pour sauver les rivières. La voix des militants dessine une rivière à visage humain. Si les barrages la bloquent, c’est à la fois leur culture, leur habitat, de nombreuses espèces végétales et animales protégées et tout un écosystème que les habitants perdraient. Le militant écologiste allemand Ulrich Eichelmann le souligne à l’écran : “c’est toujours David contre Goliath mais c’est important que David laisse Goliath aussi loin qu’il le peut”.

L’objet cinématographique fait honneur au combat des habitants pour leurs rivières : à Kruscica, en Bosnie, des centaines de femmes ont fait reculer un projet de barrage en restant assise sur un pont pendant une année. Dans cette région composée de 277 rivières, 300 projets de barrages sont prévus. En Macédoine, 19 barrages sont envisagés dans un parc national, ce qui menace directement la cinquantaine de lynx qui s’y reproduisent. Globalement, 90% des projets de barrage hydroélectrique sont de petite taille et menacent d’assécher complètement le paysage. L’imposante rivière de la Vjosa est menacée par 38 barrages, impliquant une large déforestation afin de construire des routes et des pipelines. “La Vjosa est la Loire sauvage des Balkans” commente Roberto Epple.

“Il faut démystifier l’énergie hydroélectrique”

Le militant était en 1988 le porte-parole de la campagne “Loire vivante” pour le WFF. En 2018, Roberto Epple soutient la campagne de Patagonia, entreprise avec laquelle il avait collaboré pour la première fois en faveur de la sauvegarde des saumons sauvages. Il l’explique à Réponse Conso, les barrages hydroélectriques sont une “énergie renouvelable” mais “pas écologique” : “l’hydroélectricité est l’énergie renouvelable la plus destructrice pour la biodiversité. Ce n’est pas une énergie propre et ses dégâts sont irréversibles. Le pire sont les petits barrages subventionnés en grand nombre qui n’apportent que très peu d’énergie et aucun bénéfice financier. Ils bloquent la circulation des rivières, font de l’eutrophisation et inondent les vallées”. Pour le militant, il faut que l’énergie hydroélectrique soit démystifiée : “quand on parle d’énergie renouvelable on désigne aujourd’hui le solaire, le vent et l’hydroélectrique, mais il faut trouver des alternatives pour l’eau”. Il faut alerter les banques afin de “planifier” les barrages et qu’ils soient instaurer intelligemment en petit nombre selon Roberto Epple. “Les barrages dans les Balkans sont installés comme chez nous il y a 100 ans : c’est un aménagement sauvage sans aucun plan, alors qu’aujourd’hui nous sommes sensibilisés à l’écologie”. “European Rivers Network” est notamment dans une démarche de labellisation des rivières sauvages : une douzaine le sont déjà en France et des mesures sont prises afin de le faire en Europe. Sur le long terme, Roberto Epple recommande aussi de “développer le tourisme vert local, régional et respectueux avec du kayak, du canoë, des ballades et des séjours découvertes de la nature”.

Ce délitement écologique passe aussi par l’absence de politique énergétique dans les Balkans. Comme l’affirme Zoé Hart, porte-parole de la campagne de Patagonia, “la corruption politique empêche la voix des ONG d’alerter les multinationales qui ne doivent pas s’astreindre aux mêmes normes qu’au sein de l’Union Européenne”. Dans cette région encore en guerre il y a quelques décennies, les moyens manquent, les lobbies hydrauliques dominent et la précarité progresse. “En Albanie, il y a 150 à 200 jours de soleil par an. On pourrait développer de l’énergie solaire mais ce serait trop coûteux pour le pays”.

Patagonia avait déjà produit en 2014 le documentaire “Damnation” (disponible sur Netflix) pour promouvoir la sauvegarde des rivières. À partir d’août 2018, Blue Heart sera disponible sur Itunes. On peut également demander à organiser sa diffusion sur le site de Patagonia ou assister à une de ses projections européennes à venir.

Claire Lebrun

Surprise

Gaspillage alimentaire : une pétition pour changer les dates de péremption

> Toutes les vidéos

Rappel de produit

> Tous les rappels de produit

Sur le même thème