Café : les industriels et distributeurs s’enrichissent, les producteurs s’appauvrissent

Publié le 1 octobre 2018 à 13:39 Aujourd'hui | 464 vues

Depuis 2003, les ventes de café en France ont plus que doublé en valeur, notamment grâce à l’émergence des cafés arabicas premium en dosettes et capsules. Mais ce succès ne profite pas aux producteurs, révèle une étude publiée ce lundi 1er octobre par Commerce Equitable France, Max Havelaar France et le collectif Repenser les Filières, à l’occasion de la Journée internationale du café. 

Chaque matin, vous vous délectez d’une bonne tasse de café. C’est délicieux et cela vous permet d’attaquer la journée du bon pied. Vous n’êtes d’ailleurs pas le ou la seule à boire un petit noir. Chaque jour, plus de 2 milliards de tasses de café sont bues dans le monde. Le café n’a jamais eu autant la cote. L’an dernier, la consommation mondiale était estimée à 9 millions de tonnes, pour une valeur de 200 milliards de dollars. En France, le marché s’élevait quant à lui à 5,8 milliards d’euros, pour 345 200 tonnes en 2017. « Depuis 2003, les ventes de café en France ont plus que doublé en valeur, en particulier grâce à un renouvellement du marché lié à l’émergence des cafés arabicas premium en formats portionnés (dosettes et capsules) aujourd’hui proposés par tous les grands torréfacteurs et distributeurs et dont les français sont devenus les premiers consommateurs par habitant », souligne une étude du BASIC (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne), publiée ce lundi 1er octobre par Commerce Équitable France, Max Havelaar France et le collectif Repenser les Filières. Les dosettes et capsules représentent 58% du café consommé à domicile en France.

Le marché est aujourd’hui concentré autour de trois grands groupes : Nestlé (Nespresso, Nescafé, Dolce Gusto) JDE (L’Or, Maison du café, Tassimo, Jacques Vabre, Maxwell) et Lavazza (Carte Noir, Lavazza). Ils représentent à eux seuls 81% du marché, contre 70 % en 2008. « Cette concentration des acteurs dominants renforce leur pouvoir de négociation au sein des chaînes d’approvisionnement », note le rapport. Résultat : les producteurs en pâtissent. Et surtout, les revenus générés par cette évolution ne ruissellent pas jusqu’à eux. « À 20 ans d’intervalle, les torréfacteurs et les distributeurs ont retiré 1,177 milliard d’euros supplémentaires de leurs ventes annuelles de café en France, tandis que les producteurs et les négociants n’ont reçu que 64 millions d’euros en plus. Ainsi, sur cette période, le revenu capté par les pays de production est passé de 24 % de la valeur au milieu des années 1990 à 16 % en 2017. »

Une pauvreté croissante

Pour les producteurs, la situation est difficile : leurs coûts de production augmentent tandis que les prix mondiaux chutent (1 dollar/livre). Les producteurs péruviens et éthiopiens ont par exemple touché en 2017 un revenu 20% plus faible que 12 ans auparavant et restent très en dessous du seuil de pauvreté. « En Colombie, bien que les caféiculteurs parviennent en moyenne à se hisser au-dessus du seuil de pauvreté, ils ne sont parvenus que très rarement à atteindre un niveau décent, en 2011 et en 2016 », soulignent les auteurs du rapport. « Cette étude révèle une tendance que nous observons dans beaucoup de chaînes de valeur aujourd’hui : une concentration croissante et indécente de la richesse et du pouvoir dans les mains des acteurs des pays consommateurs, tandis que les producteurs et leurs travailleurs en amont tombent encore plus dans la pauvreté », déclare Anna Cooper, Coordinatrice du collectif Repenser les Filières. Une pauvreté qui engendre des problèmes de malnutrition, d’analphabétisme, voire de travail des enfants. « Dans certains pays (Kenya, Honduras…), le recours au travail des enfants reste parfois une solution pour contenir les coûts face à une hausse des salaires agricoles ou à la difficulté de trouver des travailleurs. » Pour accroître leurs rendements, les producteurs se tournent aussi vers des modèles de culture intensive, utilisant de plus en plus de produits chimiques néfastes pour leur santé et l’environnement.

Les producteurs doivent aussi faire face au réchauffement climatique. « La culture du café – en particulier celle de l’Arabica – est déjà fortement impactée par le changement climatique : rouille du café en Colombie en 2011, puis l’année suivante en Amérique Centrale (qui a affecté près de 55 % de la surface caféière totale), sécheresse extrême au Brésil en 2014 ou encore propagation de ravageurs résistants », précise le rapport. Et cela ne devrait pas s’arranger. À cause du changement climatique, « environ 50 % des surfaces actuellement utilisées pour la culture du café ne seraient plus adaptées d’ici 2050 ».

Ces dernières années, le commerce équitable s’est développé. Il apparaît d’ailleurs comme le modèle alternatif le plus performant pour améliorer la durabilité de la filière : rémunération plus juste, meilleur pouvoir de négociation (les petits producteurs étant regroupés en coopératives). Mais ce modèle a des limites. « Si le commerce équitable permet aux producteurs de capter une part plus importante du prix final du café lorsqu’il est vendu en paquet 250g ( jusqu’à 23,7 % en Ethiopie et 26,7 % en Colombie), cette capacité s’atténue fortement dans les cas des capsules où 85 % à 90 % du prix final est capté par les torréfacteurs et distributeurs », pointe l’étude. Le commerce équitable n’est aussi qu’à ses balbutiements : en France, les ventes de café équitable ne représentent que 3% des ventes.

Face à cette situation alarmante « causée par un déséquilibre spectaculaire, avec d’un côté des industriels et distributeurs qui s’enrichissent de plus en plus et de l’autre côté des producteurs qui se paupérisent », Commerce Equitable France, Max Havelaar France et le collectif Repenser les Filières appellent les trois grands groupes à revoir leurs politiques d’approvisionnement et à garantir des revenus décents aux producteurs. Ils demandent également la mise en place, au sein de l’Organisation internationale du café (ICO), d’un observatoire des coûts et des marges de la filière.

Marine VAUTRIN

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