Des chaussures sur-mesure, personnalisables et made in France : “Chamberlan réinvente le métier de bottier”

Publié le 10 juillet 2018 à 16:01 Demain | 505 vues

La Maison Chamberlan propose des chaussures sur-mesure grâce à une application 3D qui permet de scanner chaque pied pour en obtenir ses dimensions les plus précises. Rencontre avec la cofondatrice de cette marque de luxe qui marie savoir-faire artisanal et tech.

Créée en 2016 par Sophie Engster (ex-LVMH) et Franck le Franc (ancien gestionnaire de fonds pour banques privées), la maison Chamberlan se positionne comme héritière des artisans d’art du XIXème siècle qui travaillaient “en chambrée à la lueur de bougies dont ils accroissaient la flamme par un système de globes de verre emplis”. Elle réussit la prouesse d’allier savoir-faire français d’excellence et innovation technologique, en renouant avec les techniques ancestrales des bottiers d’antan, qu’elle complète par une application 3D sur mobile qui permet d’obtenir les mesures exactes de chaque pied de la cliente en prenant compte non seulement sa longueur, mais également sa largeur et son périmètre-doigt. Des données qui serviront à la modélisation en atelier de chaussures adaptées, et personnalisées selon les goûts de chacun.

Réponse Conso : Le métier de la chaussure est plus qu’en perdition dans l’Hexagone ; comment en êtes-vous arrivés à croire en ce secteur ?

Sophie Engster : Frank et moi ne connaissions absolument pas le milieu de la chaussure. J’ai fait une école de commerce, puis j’ai travaillé chez LVMH pour Givenchy et Dior. Longtemps, j’ai eu à cœur de créer mon entreprise, mais le concept de chaussures sur mesure ne m’est venu que très tard. C’est Frank qui est à l’origine de l’idée : nous nous sommes rencontrés à la fête de la crèche ; je me souviens qu’il pensait à voix haute “mais comment est-ce possible que ma femme ait toujours aussi mal au pied le soir en rentrant ? Nous serions à même de personnaliser jusqu’aux rétroviseurs d’une voiture, mais incapables de concevoir des chaussures à talon un tant soit peu confortables pour nos femmes ?”. Il est à l’origine de ce mot d’esprit : “Les femmes commencent leur journée avec je n’ai rien à me mettre et la finissent avec j’ai mal aux pieds”.

J’ai longuement réfléchi à sa réflexion, et j’ai senti qu’il y avait quelque chose à creuser. Nous en avons donc longuement discuté, et avons fini par nous donner trois mois pour évaluer notre capacité à travailler ensemble et voir s’il y avait un business plan viable à monter. Ces trois mois nous ont été favorables, alors nous avons démissionné de nos emplois respectifs. Il était inenvisageable de concilier la conception de cette marque avec autre chose : créer une start-up, c’est tellement chronophage. Chamberlan, c’est réinventer le métier de bottier en quelque sorte. La preuve en est : lorsque nous avons fait une étude de marché, nous nous sommes demandé quels étaient nos potentiels concurrents et partenaires. Ça nous aura pris moins de deux heures : on recense moins de 10 bottiers en France. Et pour cause : ce sont des petites mains qui font tout elles-mêmes, qui coupent le cuir, qui assemblent les pièces de cuir pour former la tige, qui clouent la semelle… Voilà pourquoi le prix de leur produit démarre autour des 1500 euros la paire ; pour les bottines les plus reconnues en revanche, ça peut monter jusqu’à 7000 euros, avec des délais de livraison compris entre 1 et 3 ans. C’est là que nous sommes dits qu’il y avait certainement quelque chose à faire pour baisser les prix et réduire le temps de livraison.

 

Un bottier de Chamberlan prenant les mesures d’une forme de pied en bois

Comment avez-vous répondu à ces enjeux ?

S.E : Nous avons imaginé utiliser notre smartphone pour prendre les mesures des pieds de nos clientes et utiliser les méthodes de l’industrie pour fabriquer des chaussures sur mesure. Nous avons alors cherché des sous-traitants, mais avons vite abandonné : c’est une usine à gaz en réalité. Les boîtes qui font des chaussures vont lancer 200 paires de 37 en noir par exemple, toutes pareilles. A l’inverse, faire des modèles uniques avec les dimensions exactes des pieds et personnalisés d’après les goûts du client, agit comme une perturbation pour les chaînes de production. Bref, ça n’intéressait personne. Pour résoudre ce problème de fabrication et faire baisser les prix, nous avons décidé de créer notre propre atelier de production. Nous avons donc cherché un local dans les régions théoriquement liées à la chaussure, à savoir : Romans-sur-Isère, Cholet, le Limousin et la Dordogne. Nous avons visité ces coins de fond en comble pour chercher un local, des artisans qui travaillent la chaussure, et les machines adéquates pour cette production (il faut au moins une cinquantaine de machines différentes pour la conception d’une paire de chaussures, NDLR).

Pourquoi avoir choisi d’installer votre atelier à Nontron en Dordogne plutôt qu’ailleurs ?

S.E : Notre choix s’est porté sur la Dordogne, en Nouvelle Aquitaine : nous avons été convaincus par l’excellence du savoir-faire local de cette région extrêmement dynamique. À elle seule, elle héberge les ateliers de Repetto – la référence absolue en ballerines avec ses 500 000 chaussures de danse produites par an à Saint-Médard-d’Excideuil – ; ceux d’Hermes et de CWD (une sellerie de luxe qui fait des selles sur mesure pour chevaux, NDLR). Ensemble, nous formons une grappe industrielle (ou cluster) : Reso’Cuir Nouvelle-Aquitaine, dont Chamberlan est aujourd’hui trésorière. L’idée étant de faire émerger des synergies dans la région.

Votre Maison a-t-elle déjà permis la création d’emplois ?

S. E : Une des difficultés majeures de la filière de la chaussure, c’est de recruter du personnel qualifié, donc nous nous sommes attelés à mettre en oeuvre des formations qualifiantes. La maison emploie aujourd’hui 10 personnes (monteurs, coupeurs, formiers), parmi lesquelles deux compagnons du devoir, toutes recrutées et formées avec l’aide du Conseil régional et des organismes professionnels.

Vous avez développé pour l’occasion “MyChamberlan”, une application étonnante avec IFP Energies nouvelles, comment la décririez-vous ?

S. E : À partir de photos prises avec un smartphone, on reconstitue le pied en 3 dimensions, on en extrait toutes les mesures et on fabrique des chaussures selon ces proportions. Sont pris en compte la longueur du pied, sa largeur et le périmètre doigt – sachant que personne n’a les pieds exactement symétriques. Cela permet d’atteindre un degré de confort optimal.

Quel sera votre prochain chantier ?

S. E : Il s’agira de travailler avec des éleveurs locaux pour produire des peaux de premier choix, car il est pour l’instant impossible d’en trouver en France. En effet, il reste moins de 23 tanneries, sur ces 23 tanneries françaises, toutes ne produisent pas du cuir adapté à la chaussure. Les rares qui en proposent exigent d’acheter 50m2 d’une même matière et d’une même couleur. Parfois 300m2. Sachant qu’en terme de prix, le mètre carré de peau équivaut à 80 euros. Seulement, chez nous, c’est bien la demande qui fait l’offre : certaines clientes veulent du marron, d’autres du rose, certaines du jaune… Et ne proposer que du cuir noir ou marron, ça n’est pas viable pour nous. Nous sommes donc contraints, pour l’instant, de nous fournir en Italie qui dispose d’un plus large éventail de peaux.

Peut-on espérer un jour trouver des modèles masculins ?

S. E : Nous y travaillons. Nous nous refusons à faire une simple transposition du féminin au masculin, comme d’autres marques le font. Nous aimerions proposer un modèle qui sied parfaitement aux hommes, d’un point de vue confort bien sûr, mais également esthétique.

 

Pour le grand jour, Chamberlun propose même d’inscrire les initiales des mariés au dos des chaussures

Yannis BENZAID

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