Des radeaux végétalisés vont redonner vie au canal Saint-Martin

Publié le 16 avril 2018 à 12:05 Aujourd'hui | 853 vues

Soumis au budget participatif de la ville de Paris en 2017, un projet de radeaux végétalisés créé par l’entrepreneuse Katarina Dear va voir le jour cet été sur le canal Saint-Martin. Une initiative qui va permettre la purification de l’air et des eaux de la capitale.

Alors que l’urbanisation mondiale s’accélère, la pollution de l’air et des eaux dans les grandes villes augmente elle aussi dangereusement. À Paris, l’air est largement contaminé par le dioxyde d’azote (provoqué par le trafic routier), l’ozone et les particules fines (émises par les véhicules, l’industrie, le chauffage…), tandis que les eaux connaissent le phénomène d’eutrophisation. Un processus selon lequel des nutriments s’accumulent dans un habitat, notamment l’azote (provenant des eaux usées et de la pollution automobile), le phosphore (venant des phosphates agricoles) et le réchauffement de la température de l’eau. Lieu prisé des Parisiens, notamment lors de soirées arrosées, le canal Saint-Martin est un cas flagrant de pollution, croulant sous des tonnes de déchets. En 2014 un tumblr intitulé “Welcome to Canal Saint Martin” avait été lancé pour montrer des photos des déchets qui y flottent et tirer la sonnette d’alarme. La fondation Surfrider Paris a lancé une grande collecte annuelle pour redonner vie au Canal lors de la Journée mondiale de l’eau le 22 mars. En 2015, l’association avait récolté 75 litres de mégots soit près de 9.500 mégots, 3.500 capsules, 50 bouteilles en verre, 110 canettes, une centaine de gobelets plastique, une cinquantaine de déchets alimentaires, et 50 sacs plastiques. Des montants astronomiques. Pour nettoyer les eaux du canal de manière durable et dans le cadre du programme écologique lancé par la maire de Paris Anne Hidalgo, Katarina Dear a eu l’idée d’installer des radeaux porteurs de plantes qui filtrent la pollution le long des canaux. Un projet qui a été retenu en 15ème position des budgets participatifs 2017 sur 2500 projets présentés. Renommé “des plantes aquatiques pour les poissons du Canal Saint-martin”, il a remporté un vote d’adhésion de 1 260 votes et un financement de 20 000 euros.

Les radeaux végétalisés filtreront les nitrates et absorberont le CO2

Selon la mairie de Paris, les radeaux végétalisés qui vogueront sur le Quai de Valmy ont pour objectif d'”embellir le canal, dépolluer l’eau et l’air, verdir la ville, créer des espaces éducatifs pour les écoles, créer des habitats pour les poissons et oiseaux et rendre la ville et les canaux plus agréables aux riverains.” Construits en bois recyclés et en fibres de coco, les radeaux couvriront 50 mètres carrés du canal et seront recouverts avec de la terre pour y planter des roseaux, des iris et de la menthe poivrée. Des plantes que l’on peut voir au-dessus de la surface de l’eau et qui ont un rôle filtrant lorsqu’elles sont immergées dans l’eau. Des bactéries naturelles vont se former et absorberont tout élément polluant comme les nitrates et les métaux lourds. À la surface, le radeau absorbera le CO2 et les particules fines.

Ainsi les radeaux créeront “un habitat naturel pour les poissons comme pour les oiseaux”. Par ailleurs, le système n’est pas nouveau. Il est issu de la phytoremédiation : “un ensemble de technologies utilisant les plantes pour réduire, dégrader ou immobiliser des composés organiques polluants (naturels ou de synthèse) du sol, de l’eau ou de l’air provenant d’activités humaines”. Des systèmes qui font l’objet d’un engouement depuis quelques années. Selon une étude, des tests menés par l’Institut Fur Schifbau de l’université de Hambourg ont montré que les radeaux végétalisés limitaient l’amplitude des vagues et ainsi l’érosion des berges. Également, le système racinaire des plantes qui se développe sert de refuge piscicole (relatif à la pisciculture qui est l’élevage de poissons, en eau douce, saumâtres ou salées), et de lieu d’alimentation pour l’ichtyofaune (la partie de la faune rassemblant les poissons) en étant le siège de toute une chaîne alimentaire et d’une grande activité biologique. Aussi, la présence des radeaux, que l’on appelle aussi “îles flottantes”, diminue le réchauffement de l’eau qui influence directement la santé des poissons. Par exemple en 2013, afin de favoriser la reproduction des poissons, la ville de Roubaix avait installé sur son canal 75 radeaux végétalisés pour 105 000 euros comme le rapportait 20 minutes. Finalement, selon Katarina Dear, “la mise en place est rapide, simple (matériaux et constructions basiques) et le coût d’entretien est très faible. En effet les radeaux restent toute l’année en place et les plantes se régénèrent en grandes partie toutes seules”.

“Les villes sont des lieux de vie, mais aussi de grands centres de pollution”

Concrètement, “ce projet vise à l’amélioration de la biodiversité dans le 10e arrondissement”.  Une initiative qui a pu être portée grâce à l’association de la jeune femme, “Nature&Us”. Les ambitions de la fondation suivent des challenges écologiques massifs à venir : “face à la population grandissante, en 2050, les villes représenteront 66% de la population mondiale. Le nombre de méga-villes (plus de 10 millions d’habitants) croît aussi. En 1990 il y en avait 10, en 2030 il y en aura 41. Les villes sont des lieux de vie, mais ce sont aussi de grands centres de pollution. Ces villes feront face à de nombreux défis pour répondre aux besoins de la population : logement, infrastructures, transports, énergies, éducation, etc.” Ainsi, “Nature & Us se donne comme mission de s’appuyer sur les mécaniques et fonctionnement de la nature pour trouver des solutions face à ces défis”. Actuellement, Katarina Dear travaille avec des associations et des scientifiques sous l’encadrement de Célia Blauel, députée EELV adjointe à la mairie de Paris, responsable de l’Environnement et du Développement durable. Ils étudient les bienfaits réels des radeaux sur la diminution du CO2 dans l’air et des nitrates dans l’eau.

Le projet porte même une vocation internationale. Katarina Dear a été sélectionnée par le groupe C40 (Cities Climate Leadership Group), qui réunit actuellement les 91 villes les plus importantes de la planète mobilisées pour le climat. Sous son patronage et celui d’Anne Hidalgo, la deuxième conférence mondiale Women4Climate s’est tenue le 26 février 2017 à Mexico, durant laquelle la spécialiste du marketing a été distinguée parmi les dix premières Parisiennes choisies comme “leader en devenir” dans la lutte contre le dérèglement climatique. D’ici à 2020, il y aura 500 citoyennes formées par le C40 dans cette visée.

 

Claire Lebrun

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