Fléxitarisme : pourquoi ce régime alimentaire séduit ?

Publié le 5 décembre 2017 à 10:18 Aujourd'hui | 567 vues

Selon une étude Kantar WorldPanel pour MeatLab Charal, les Français réduisent peu à peu leur consommation de viande. Ce phénomène, appelé le fléxitarisme, touche actuellement 34% des foyers contre 25% en 2015. Mais pourquoi ce régime alimentaire séduit-il autant ? Plusieurs raisons peuvent l’expliquer.

Malgré les scandales sanitaires ou les conditions d’abattage des animaux déplorables, les Français consomment toujours de la viande. Selon un sondage Kantar WorldPanel pour MeatLab Charal, l’achat de produits d’origine animale reste un incontournable du panier des foyers. Chaque année, ils en achètent pour 1 628 €. Cependant, le poids dans les dépenses ne cesse de chuter depuis quatre ans. En 2013, cela représentait 39,3% de leurs dépenses totales, contre 38,1% aujourd’hui. Concrètement, entre 2013 et le troisième trimestre de cette année, les achats, en volume, de produits carnés ont chuté de presque 5%. Ce constat se fait également ressentir dans les assiettes des Français. Les protéines animales ne représentent plus que 30,4% de leur alimentation hebdomadaire, alors que ce taux atteignait les 31,1% trois ans plus tôt.

Bien que les Français délaissent de plus en plus les produits carnés, ils ne sont pas forcément végétariens. En deux ans, leur nombre n’a guère augmenté (+0,4 point). C’est un tout autre régime alimentaire qui séduit, le fléxitarisme. Cette pratique, qui consiste à réduire la part des protéines animales au profit des protéines végétales, concerne aujourd’hui 1/3 des ménages contre 1/4 il y a deux ans. Mais pour quelles raisons franchissent-ils ce cap ?

Manger moins mais de meilleure qualité

Pour le sociologue Claude Fischler, il s’agit d’un phénomène à “long terme” qui date du début des années 1980. “C’est à partir de là que la consommation de viande a commencé à être remise en question et que les consommateurs ont décidé de manger moins de viande rouge notamment”, a-t-il expliqué lors d’une table ronde à l’issue de la publication de l’étude Kantar WorldPanel pour MeatLab Charal, le 29 novembre dernier. Selon le sociologue, cette envie de ne plus manger de viande ou d’en limiter sa consommation représente un besoin de s’identifier à quelque chose car “avant, on mangeait tous pareil”.

Un avis bien loin de celui de la rédactrice culinaire Clotilde Roux. Selon elle, c’est avant tout une question d’éducation et de transmission. “Je n’ai jamais été éduquée à manger beaucoup de viande”, a-t-elle déclaré. Et ajoute : “on peut presque dire que j’ai été fléxitarienne avant l’heure et sans le savoir”. La souffrance animale et la question sur les bienfaits nutritionnels poussent également les consommateurs à manger moins de viande. Certains seraient même écœurés de la viande rouge. Le milieu du sport serait lui aussi touché par ce phénomène, a expliqué la diététicienne Corinne Peirano, spécialisée dans ce milieu. De plus en plus de sportifs revendiqueraient avoir de meilleurs résultats depuis qu’ils ont arrêté de manger de la viande.

Si les Français décident de réduire la viande, c’est aussi parce qu’ils aspirent à en manger de meilleure qualité. Or, celle-ci a un coût. Dans un récent sondage Ipsos pour Interbev, 71% des consommateurs de viande aiment la version bio et 59% trouvent légitime de la payer plus cher. Cette idée de diminuer les quantités est également celle du docteur Philippe Legrand. Selon lui, “on est tous omnivore” et le fléxitarien est “un omnivore qui se pose les bonnes questions”. Il rappelle que la bonne nutrition est une question de dosage. Il affirme que l’éviction totale peut comporter des risques et qu’une simple baisse en grammage suffirait. Un argument faisant écho à l’expérience de Corinne Peirano. “J’ai déjà vu des coachs revenir à la viande à cause d’une perte de muscles trop conséquente. De l’autre côté j’ai eu le cas d’une personne qui s’est mise à grossir après avoir arrêté totalement la viande”. La diététicienne rappelle donc que même si l’on décide de manger moins de viande, il est important de couvrir tous ses besoins nutritionnels quotidiens.

En attendant, ce souci de manger mieux impact également les professionnels de la restauration. Selon Clotilde Roux, “beaucoup de restaurateurs ont des cartes moins fournies mais proposent de la viande de meilleure qualité et même locale”. Pour le directeur qualité de Charal, Bernard Collin, cette envie de produit de qualité est une aubaine pour l’enseigne. Il a rappelé qu’elle est engagée dans cette démarche depuis 30 ans et que 97% de leurs clients ont confiance dans les produits de la marque. Pour le directeur qualité de Charal, “la qualité, c’est l’ADN de Charal”.

Des études plébiscitent le fléxitarisme

Les résultats de ce sondage rappellent le dernier rapport du think-tank Terra Nova. Ce dernier préconisait de réduire sa consommation de viande de moitié dans les vingt prochaines années et “d’inverser la part des protéines végétales et des protéines animales dans l’ensemble de nos apports en protéines”. Ce changement d’alimentation aurait des effets bénéfiques sur la santé. Dans son rapport, le think-tank rappelait que le CIRC avait classé en 2015 la viande rouge comme “probablement cancérogène” et les produits carnés transformés comme “cancérogènes” pour l’Homme. Afin d’aider les Français à changer leurs habitudes alimentaires, Terra Nova avait élaboré une liste de 11 propositions.

Quelques semaines plus tôt, l’ONG environnementale WWF France et le cabinet d’expertise, de conseil et d’accompagnement engagé dans le développement durable, Eco2 Initiative, prouvaient que le régime fléxitarien permettrait de manger de meilleure qualité sans dépenser plus d’argent. Le directeur général de WWF France avait déclaré pour l’occasion que “consommer des produits de meilleure qualité, avec un impact moindre sur l’environnement, est à la portée de tous”.

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Marie Bascoulergue

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