Guyane : le projet minier “Montagne d’Or” met en péril l’environnement

Publié le 11 mai 2018 à 17:44 Aujourd'hui | 376 vues

La société junior canadienne Columbus Gold et l’entreprise major russe Nordgold souhaitent réaliser d’ici à 2022 un projet de “méga mine” d’extraction d’or en Guyane nommé “Montagne d’Or”. Soutenu par Emmanuel Macron depuis 2015 et par certains élus, le projet devrait créer 750 emplois. Il est toutefois décrié par les associations de défense environnementale pour ses conséquences écologiques désastreuses.

Cela fait 150 ans que l’or est extrait en Guyane. Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publié en octobre 2017, ce dernier “se trouve à divers endroits (amas de sulfures, zones de fracturation et de cisaillement et couches détritiques) et sous diverses formes (or primaire et alluvionnaire)”. Élaboré par un consortium russo-canadien, le projet de “méga mine” a pour intention d’exploiter une concession aurifère de l’Ouest guyanais. Il vivrait douze années, se réaliserait à ciel ouvert, et incarnerait le plus grand complexe minier à voir le jour sur le territoire français. Ses dimensions s’étendent sur 8 km carrés (soit 800 hectares) avec une fosse de 2,5 km de long, de 500 m de large et 400 m de profondeur. Mais la mise en place d’un tel projet fait polémique : les associations environnementales souhaitent contrecarrer son installation et éviter ses conséquences écologiques désastreuses. Le député EELV Yannick Jadot a dénoncé une “catastrophe” sur Franceinfo tandis que le gouvernement français n’a toujours pas autorisé sa construction. Défendu par Emmanuel Macron en octobre dernier lors de sa visite en Guyane et par certains élus locaux pour sa capacité à créer de l’emploi, le projet est actuellement soumis à consultation publique sous le patronage de la Commission nationale du débat public (CNDP) sur leur plateforme web du 7 mars au 7 juillet 2018.

Mercure, cyanure, et déforestation

Le collectif citoyen “Or de question”, créé en juillet 2016 à Kourou (Guyane), s’oppose frontalement au projet de “méga mine”. Il dénonce le site de sa construction qui se situe entre deux réserves biologiques, (où plus de 2 000 espèces végétales et animales sont inventoriées, dont 127 protégées), et une consommation énergétique équivalente à 20% de la consommation annuelle guyanaise. Le collectif ajoute que “l’exploitation minière de l’or n’est pas indispensable. Les besoins industriels représentent seulement 8% de l’or extrait” tandis que “la filière du recyclage en a fourni 3 fois plus en 2015”. Comme le souligne la CNCDH, “les premières conséquences en matière environnementale” de l’exploitation minière “découlent principalement de l’utilisation de mercure et de cyanure, mais également des opérations de déforestation”. Il faudrait effectivement selon le WWF raser 3,7 km carrés de forêt pour donner vie au projet. L’utilisation du mercure dans les processus d’extraction de l’or contamine l’environnement et les populations. Quant au processus de cyanuration, il est utilisé pour isoler l’or de manière efficace mais conduit à une formation importante de déchets miniers dit “boues cyanurées”. “Or de question” pointe également l’inexpérience de Nordgold dans les milieux tropicaux, ce qui augmente les risques de rupture des digues contenant des boues cyanurées. Dans sa pétition intitulée “Président Macron : Non à la mine d’or industrielle en Guyane !”, le collectif rappelle qu'”au moins 25 ruptures de digue ont eu lieu depuis 2000 dans le monde“.

C’est par exemple “ce qu’il s’est passé en 2015 au Brésil, où 800 km des rives du fleuve Rio Docé ont été ravagées. On a qualifié cet accident de “Fukushima brésilien”. Selon un rapport de Greenpeace publié le 9 mai dernier, le projet Montagne d’Or stockera “300 à 400 milliards de litres de boues contaminées par la cyanuration”. L’association souligne que “le cyanure et les métaux lourds (mercure, plomb, cadmium, arsenic…) rejetés lors de l’extraction de l’or vont polluer les cours d’eau et les nappes phréatiques”. L’ONG WWF France dénonce également un projet à l’«impact désastreux sur l’environnement», un «mirage économique» et un «gouffre pour l’argent des contribuables». L’organisation a lancé une pétition #StopMontagnedOr où elle demande d’interpeller le président français. Déjà signée par 18.577 personnes, elle rappelle que pour extraire l’or, “57 000 tonnes d’explosifs, 46 500 tonnes de cyanure et 195 millions de litres de fuel seront nécessaires pour les 12 ans de durée de vie du projet”. En plus d'”Or de question”, les associations “Jeunesse Autochtone”, “Trop violans” et “500 frères” ont manifesté début avril pour protester contre le projet.

Selon un rapport de l’Insee parut en 2017, le taux de chômage des 15-24 ans dépasse les 40% en Guyane. Les défenseurs du projet soulignent que la méga-mine pourrait créer 750 emplois directs et environ 3000 emplois indirects dont 90% seraient réservés aux populations locales. Le président de la compagnie minière Pierre Paris avançait également dans Libération que “les fonds de vallée” où le projet s’installerait sont déjà “exploités depuis cent quarante ans et largement déboisés”.

Claire Lebrun

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