Abeilles : l’Europe bannit trois néonicotinoïdes

Publié le 27 avril 2018 à 11:47 Aujourd'hui | 669 vues

Le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, qui assiste la Commission européenne dans la mise en oeuvre de mesures de sécurité sanitaire des aliments depuis 2002, a interdit ce vendredi 27 avril 2018 trois néonicotinoïdes, produits toxiques aussi appelés “insecticides tueurs d’abeilles”, sur toutes les cultures de plein air.

C’est suite à une proposition de la Commission européenne que les experts des 28 états membres se sont prononcés contre l’utilisation de trois néonicotinoïdes dans l’espace de l’Union européenne. Le 26 avril 2018, l’association de défense des abeilles Pollinis exhortait toutefois le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert à engager la France pour une interdiction de tous les néonicotinoïdes en Europe. En effet, les néonicotinoïdes sont une classe “de produits toxiques employés comme insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes”. Elle est composée de sept molécules : l’imidaclopride, le thiaméthoxame, la clothianidine, le dinotéfurane, l’acétamipride, le nitenpyrame et le thiaclopride. Commercialisées par des géants de l’agrochimie comme l’allemand Bayer (qui aura racheté Monsanto d’ici fin mai) ou le suisse Syngenta, elles représentent environ 40 % du marché mondial des insecticides agricoles. Ces dernières sont principalement utilisées en agriculture pour “la protection des plantes” mais aussi pour contrer “les insectes nuisibles à la santé humaine et animale”. Pourtant les néonicotinoïdes sont une toxine décriée depuis 2013 pour leur impact irréversible sur les insectes consubstantiels à la biodiversité.

Contrairement aux autres insecticides, les néonicotinoïdes sont utilisés en “enrobage de semences” ce qui les rendent “systématiquement” absorbés par les plantes. Leur poison intoxique le système entier d’un végétal, à savoir ses feuilles, son pollen et son nectar, dans le cas des plantes mellifères. Aujourd’hui, les néonicotinoïdes représentent encore le type d’insecticide le plus utilisé en Europe sur 80% du maïs, 60% du colza et du tournesol, mais aussi des betteraves, pommes de terre, vergers, etc. Dans un rapport publié en février dernier, l’Agence européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) avait confirmé le risque des néonicotinoïdes, trois en particulier (la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame) pour les abeilles “sauvages” (bourdons et abeilles solitaires) et “domestiques mellifères” selon ses dernières évaluations. Les trois néonicotinoides en question attirent les abeilles qui butinent en premier les végétaux exposés, ce qui altèrent leurs capacités à s’orienter, à réfléchir et à se reproduire, à moins de directement les tuer. Une étude publiée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage a aussi établi que “plusieurs espèces d’oiseaux granivores auraient été intoxiquées entre 1995 et 2014 suite à l’ingestion de semences traitées à l’imidaclopride, un néonicotinoïde”.

Les néonicotinoïdes “clothianidine, l’imidaclopride et thiaméthoxame” ont été interdits

Le texte proposé par la Commission européenne étend l’interdiction des trois néonicotinoïdes mis en cause par le rapport de l’EFSA, déjà partiellement restreints depuis décembre 2013, à toutes les cultures en plein air. Une mesure décriée par les lobbies du secteur pesticide et des industriels de la betterave à sucre qui étaient alors épargnés par les interdictions européennes. Les industriels Bayer et Syngenta ont même porté plainte contre la Commission européenne à ce propos, dénonçant une interdiction « injustifiée » et « disproportionnée ». Comme il est rapporté par la RTBF, le ministre de l’Agriculture belge Denis Ducarme s’est dit en faveur d’une interdiction assortie d’un “phasing-out” (une période transitoire) limité aux filières betterave et chicorée : “en effet, les secteurs de la batterave et de la chicorée de notre pays risqueraient concrètement de ne pas survivre à une interdiction immédiate” selon le ministre.

Pour que l’interdiction européenne soit effective, il a fallu que le vote soit couvert par 55% des Etats membres représentant 65% de la population totale de l’Union, c’est-à-dire 16 pays. Sur le groupe des 28, ils étaient huit à s’être formellement positionnés en faveur de l’interdiction, tels que la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Autriche, Malte, l’Irlande, le Luxembourg et la Croatie. Les opposants étaient l’Espagne, la Roumanie, la Finlande, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie, la République-Tchèque et la Pologne. Quelques heures avant le vote, l’Italie, Chypre, la Slovénie et les Pays-Bas se sont positionnés en faveur de l’interdiction. Ceux dont l’avis restait méconnu étaient la Suède, le Danemark, la Grèce, la Belgique, la Hongrie et la Bulgarie. Le Danemark, la Hongrie, la République tchèque et la Roumanie ont voté contre, tandis que neuf pays se sont abstenus. L’interdiction entrera en vigueur en janvier 2019.

Claire Lebrun

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