Les néonicotinoïdes intoxiquent aussi les oiseaux sauvages

Publié le 15 février 2018 à 10:30 Aujourd'hui | 2984 vues

Plusieurs espèces d’oiseaux granivores auraient été intoxiquées entre 1995 et 2014 suite à l’ingestion de semences traitées à l’imidaclopride, un néonicotinoïde. C’est ce qu’ont révélé des chercheurs de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage le 13 février 2018. 

Ce n’est un secret pour personne, les néonicotinoïdes sont dangereux pour les abeilles. L’utilisation de produits toxiques aurait fait tripler le taux de mortalité de ces insectes. Sa nocivité a d’ailleurs été confirmée par deux expériences menées en Europe et au Canada. Malheureusement, la dangerosité des néonicotinoïdes ne s’arrête pas là. Selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et de VetAgro Sup, et dont les résultats ont été publiés le 13 février dernier dans la revue Environmental Science & Pollution Research, les insecticides à base de néonicotinoïdes ont un effet néfaste sur la santé de certains oiseaux sauvages, notamment les granivores (mangeurs de graines).

Pour arriver à de tels résultats, les chercheurs se sont appuyés sur les données collectées par le réseau SAGIR, en charge du suivi des pathologies de la faune sauvage. Celui-ci s’inscrit dans le cadre du dispositif national de surveillance des effets non intentionnels des produits phytopharmaceutiques (phytopharmacovigilance) piloté par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) depuis 2016. Le but de ce réseau est « de détecter au plus tôt des signaux d’alerte qui peuvent amener les gestionnaires du risque à prendre des mesures de prévention ou de limitation des risques liés aux produits phytopharmaceutiques », explique l’ONCFS dans un communiqué. Cette étude montre donc toute l’importance du dispositif de l’Anses.

734 oiseaux morts en 20 ans

Après analyses, le réseau SAGIR a détecté 101 foyers, soit environ 734 animaux morts d’au moins 11 espèces d’oiseaux et un mammifère, où l’exposition à l’imidaclopride a été avérée dans un contexte agricole, entre 1995 et 2014. Les principales espèces retrouvées : des perdrix grises, des pigeons bisets et des ramiers. Au total, 81% du nombre total d’animaux morts ou mourants étaient des pigeons et 13% des perdrix grises. La majorité de ces incidents est survenue dans le centre et le nord de la France (Loiret, Bourgogne, Eure, Oise, Aisne, Pas-de-Calais, pour ne citer qu’eux), principalement en automne. Dans 37,6% des cas, les animaux morts ou mourants ont été trouvés près de parcelles ensemencées et dans 28,7% sur les cultures. Selon l’ONCFS, « pour 70% de ces foyers, un lien de causalité fort a pu être établi entre l’exposition à cette substance [l’imidaclopride] en tant que traitement de semences et la mortalité des animaux. »

La plupart du temps, ces oiseaux meurent de façon « direct » par intoxication ou « indirectement » à cause de « troubles comportementaux et donc d’une plus grande vulnérabilité aux prédateurs ». C’est lorsque les oiseaux granivores se nourrissent dans les plaines cultivées qu’ils finissent par être empoisonnés. Les propriétaires de ces terres utilisent souvent cet insecticide. D’ailleurs, que ce soit au printemps ou en automne, plus de la moitié des cas d’oiseaux intoxiqués avaient mangé des graines sur ces parcelles traitées. Cependant, « les circonstances de terrain entourant la survenue de ces mortalités » sont difficiles à identifier. Les chercheurs s’interrogent donc sur l’efficacité et l’applicabilité des mesures préventives, comme l’enfouissement des graines lors des semis, puisqu’elles sont censées réduire les risques d’intoxication des oiseaux granivores. Cette étude apporte également des éléments de réflexion concernant « les facteurs de risques écologiques favorisant la survenue de ces mortalités ».

Marie Bascoulergue

Surprise

Recycler vos mégots, c’est possible !

> Toutes les vidéos

Rappel de produit

> Tous les rappels de produit

Sur le même thème