Pêche électrique : premier feu vert de l’Europe

Publié le 22 novembre 2017 à 17:33 Aujourd'hui | 376 vues

Réunie mardi 21 novembre, la Commission de la pêche du Parlement européen s’est prononcée en faveur d’un développement de la pêche électrique, une pratique très controversée.

La pêche électrique consiste à envoyer depuis un chalut des impulsions électriques dans le sédiment pour y capturer des poissons benthiques, c’est-à-dire vivant au fond des mers.  Selon l’ONG Bloom, spécialisée dans la défense des océans et de la pêche durable, cette méthode a des impacts très violents : « L’électrocution provoque souvent des hémorragies et la fracturation de la colonne vertébrale des poissons. C’est une hécatombe. Et personne ne connaît les effets du courant électrique sur les œufs, les juvéniles ou les espèces électro-sensibles comme les raies et les requins. » L’association Robin des Bois qualifie ce type de pêche de « taser pour les soles ».

La pêche électrique est interdite depuis 1998. Toutefois, la Commission européenne octroie depuis 2007 des dérogations à titre expérimental, à la demande des Pays-Bas. La réglementation permet à chaque État membre de l’Union européenne d’équiper en électrodes jusqu’à 5% de sa flotte de chalutiers à perche. Reste que cette dernière est loin d’être respectée. Le 2 octobre dernier, Bloom a porté plainte contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne « pour avoir illégalement accordé des licences permettant à ses navires de pratiquer la « pêche électrique ». Pour l’ONG, « les Pays-Bas ont bafoué la réglementation en équipant — au titre de « la recherche et de l’innovation » — 28% de leurs chalutiers à perche soit 84 navires, au lieu des 15 licences maximum dont leurs navires devraient bénéficier ».

Une situation « aberrante et inacceptable »

Mais bientôt, le nombre de chalutiers électriques pourrait être multiplié. Mardi 21 novembre, la Commission de la pêche du Parlement européen a en effet voté un amendement permettant une extension de la pêche électrique en Europe. Plus précisément, 23 eurodéputés contre 3 ont approuvé un « compromis politique ». Celui-ci permet d’équiper 5% de la flotte de chaque secteur de pêche en techniques « innovantes », qui incluent  la pêche électrique. « En Mer du Nord, cette limite de 5% a même été supprimée et les Néerlandais peuvent donc maintenant équiper 100% de leur flotte en chaluts électriques », précise Bloom, qui avait lancé une pétition. « On est dans une situation totalement aberrante et inacceptable sur le fond dans laquelle 27 députés européens déterminent l’avenir des pêcheurs et des océans européens. Ils subissent, et acceptent, soyons honnêtes, le rouleau compresseur du lobbying industriel », déplore Claire Nouvian, présidente de Bloom.

Mais tout n’est pas joué. Le dossier doit encore être examiné en séance plénière du Parlement européen. Le vote pourrait avoir lieu en février 2018. Mardi 21 novembre, Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a rappelé l’opposition de la France « à toute levée de l’interdiction de cette technique, au-delà de la dérogation limitée actuelle ».

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Marine VAUTRIN

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