Des perturbateurs endocriniens présents dans l’eau du robinet

Publié le 17 janvier 2017 à 13:23 Aujourd'hui | 1029 vues

L’ONG Générations Futures a mené une enquête sur les pesticides présents dans l’eau. Et les résultats ne sont pas rassurants, la plupart sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

C’est un fait, les pesticides sont partout. Les rapports faisant mention de leur présence dans l’eau sont d’ailleurs nombreux. Problème, ces derniers n’évoquent pas « les propriétés toxicologiques des molécules trouvées, notamment les polluants pouvant être perturbateurs endocriniens », indique Générations Futures. L’ONG a donc décidé de mener sa propre enquête et a passé au crible les données de deux rapports : celui du Commissariat général au développement durable intitulé « L’essentiel sur les eaux. Pesticides les plus quantifiés dans les cours d’eau et dans les eaux souterraines en 2013 » et le « Bilan de la qualité de l’eau au robinet du consommateur vis-à-vis des pesticides », rendu public en juillet 2016 par le ministère des Affaires sociales et de la Santé.

Les eaux contaminées

Dans son 8ème volet des enquêtes EXPPERT (EXposition aux Pesticides PERTurbateurs endocriniens), Générations Futures révèle que la plupart des pesticides retrouvés dans l’eau sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

D’après leurs résultats, « 73,3% des pesticides (ou leurs produits de dégradation) les plus quantifiés dans les eaux de surface (soit 11/15) en métropole en 2013 sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens (PE). Pour les eaux souterraines, ce pourcentage est de 53,3%, « soit 8 des 15 molécules classées », note Générations Futures. Et pour l’eau du robinet, le résultat n’est pas non plus rassurant ; « 50% des pesticides (ou produits de dégradation) à l’origine du classement en situation de non-conformité (NC1- sans restriction ou NC2 – avec restriction) de plus d’une Unité de distribution d’eau potable (UDI) en 2014 qui sont suspectés d’être PE (soit 18 sur 36) ».

L’eau en bouteille est-elle alors une solution ? Selon Barbara Demeneix, une endocrinologue interrogée par Libération, non. « On retrouve aussi des perturbateurs endocriniens dans l’eau de bouteille, parfois même davantage, à cause des plastifiants utilisés, comme le BPA ou maintenant le BPS », explique-t-elle. Comme le rappelle le quotidien, « le bisphénol A est remplacé par des substituts, comme le bisphénol S ou le bisphénol F, jugés également nocifs ». La Chambre syndicale des eaux minérales (CSEM) se montre elle rassurante et explique que « les bouteilles d’eau sont exclusivement composées de polyéthylène téréphtalate (PET), un matériau chimiquement inerte qui ne migre pas dans l’eau. Les bouteilles d’eau en PET ne contiennent pas de Bisphénol A et n’en ont jamais contenu. »

L’UE doit se prononcer sur une définition

« Rapport après rapport, notre association n’a de cesse d’alerter sur l’exposition des populations, tout particulièrement les plus vulnérables, aux perturbateurs endocriniens. Et ce nouveau rapport vient encore démontrer l’urgence à agir et de retirer les pesticides perturbateurs endocriniens du marché ! » déclare François Veillerette, directeur de Générations Futures, dans un communiqué.

La publication de cette enquête, datée du 10 janvier, intervient à point nommé. En effet, le 26 janvier prochain, l’Union européenne doit se prononcer sur une définition précise des perturbateurs endocriniens. Les définir permettrait ainsi de prendre des mesures réglementaires pour limiter leur impact sur la santé. Le 21 décembre dernier, la tentative s’était soldée par un échec, faute d’adhésion.

« L’UE a l’occasion unique de montrer qu’elle se soucie réellement de la santé de ses concitoyens en proposant des critères réellement protecteurs pour définir les PE. Ce n’est pas le sens de sa proposition aujourd’hui. Nous demandons instamment à tous les gouvernements nationaux d’exiger de la Commission européenne une proposition réellement sérieuse avec un niveau de preuve exigé raisonnable et sans dérogations permettant ainsi d’exclure les pesticides suspectés PE », conclut François Veillerette.

Marine VAUTRIN

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