Pour le WWF, l’édition jeunesse serait un fléau pour les forêts

Publié le 14 mars 2018 à 10:31 Aujourd'hui | 450 vues

Un rapport du WWF publié mardi 13 mars 2018 révèle que l’édition jeunesse néglige considérablement son impact sur les forêts.  

Depuis plusieurs années, le secteur du livre est relativement stable. Selon les derniers chiffres du ministère de la Culture, 436,7 millions de livres ont été vendus en 2015. L’édition Jeunesse est celui qui tire le plus son épingle du jeu. Ce secteur représentait 21% des ventes de livres et 14% du chiffre d’affaires de l’édition française en 2015. D’ailleurs, en 2016, le titre le plus vendu en France était “Harry Potter et l’enfant maudit”, un livre pour enfants. La majeure partie de la production est détenue par six groupes éditoriaux qui sont Editis, Madrigall, Hachette, Bayard, La Martinière et Media Participations. C’est dans ce contexte que le WWF France s’est intéressé au segment Jeunesse de l’édition. Résultat : ce secteur a de nombreux impacts négatifs sur l’environnement. L’ONG qualifie d’ailleurs l’édition Jeunesse comme “à risques”. La cause principale : 14,1% des livres pour enfants sont imprimés en Asie, contre seulement 3,9% pour le secteur de l’édition dans sa globalité. C’est pourquoi, le WWF France “a décidé d’évaluer les pratiques et engagements des éditeurs Jeunesse français”. Une étude qui n’est pas sans rappeler les conclusions du rapport du bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic). Ce dernier révélait que le secteur de l’édition est loin d’être écolo. Ce rapport révélait également que la production du secteur de l’édition ne cesse d’augmenter transformant les livres en objets de consommation de masse au coût environnemental exorbitant.

L’environnement est menacé

Le WWF France a tenté de réaliser une enquête en 2015 auprès de 168 éditeurs puis une autre en 2017 auprès de 60 éditeurs Jeunesse. Au total, seuls trois ont accepté de répondre (deux en 2015 et un en 2017). Afin d’obtenir des réponses, le WWF a donc analysé 164 livres de trois segments (imagiers, pop-up, animés), très concernés par les impressions en Asie, sur la période 2014-2017. Résultat : “l’examen des données a mis en évidence, en particulier, le manque de garantie d’écoconception et de transparence”. Concrètement, la qualité du papier et des encres est inconnue pour plus de 90% des ouvrages, les imprimeurs sont inconnus ou sans certification (ISO, FSC) dans 63% des titres et seules 43% des œuvres satisfont l’obligation légale d’indiquer le nom de l’imprimeur, en plus du pays d’impression.

À l’automne 2017, le WWF a continué son enquête en réalisant une nouvelle étude. Celle-ci portait sur 108 papiers dans 60 livres édités par huit maisons d’édition (Auzou, Fleurus, Gallimard Jeunesse, Hachette Jeunesse, Milan, Nathan, Pi.kids, Piccolia). Après analyses, le WWF n’a pas détecté de fibres d’arbres à bois durs tropicaux. Autrement dit, il n’existe pas de lien entre ces 60 livres et la déforestation en cours ou l’exploitation des forêts primaires tropicales. Cependant, aucun livre n’est composé à 100% de papier ou de carton recyclé et la majorité des ouvrages sont essentiellement faits de fibres vierges. “Les papiers utilisés contiennent une part provenant de plantations industrielles, généralement installées dans les trente dernières années en lieu et place de forêts primaires tropicales, après déforestation ou dégradation des tourbières”, indique le WWF, précisant qu’à terme cela représente des menaces pour l’environnement si les plantations se sont pas certifiées FSC. Pire encore, Piccolia, Pi.kids et Auzou présentent des risques importants pour l’environnement (impression en Asie, utilisation d’outils non certifiés, etc.). Seul Nathan s’est engagé dans une démarche pour être certifié FSC.

Des mesures à prendre selon le WWF

Pour remédier à cela, le WWF dresse une liste de cinq solutions et recommandations “pour permettre une meilleure prise en compte de l’environnement par le secteur du livre”. Il est ainsi conseillé de réduire les gaspillages en maîtrisant mieux la production, de promouvoir l’économie circulaire en recyclant davantage les livres, favorisant le tri et l’utilisation de papier recyclé. Pour l’ONG, il est également primordial de respecter les ressources naturelles, notamment en s’informant sur l’origine des papiers, ou encore de développer l’écoconception en augmentant l’usage de la certification FSC. “Les éditeurs et imprimeurs peuvent s’inspirer des initiatives vertueuses prises par des éditeurs allemands, anglais ou suisses”, indique le WWF.

Mise à jour 14/03/2018 à 14h30. Face à ces allégations, le Syndicat national de l’Édition (SNE) a tenu à réagir. Dans un communiqué publié ce mercredi 14 mars, il affirme que “93% des livres publiés par des éditeurs français sont certifiés FSC, PEFC ou sont imprimés sur des papiers recyclés mais les éditeurs ne le mentionnent pas systématiquement”. SNE déplore que “WWF ne considère comme certification valable que le label FSC dont ils sont partenaires”. Il rappelle également que “les imprimeurs chinois sont les producteurs principaux de livres pour enfants dans le monde entier” et que 71% d’entre eux sont certifiés FSC. Concernant le papier recyclé, SNE explique que les éditeurs français sont dans une optique “d’augmenter les quantités dans leur production” et regrette que “l’offre en papier recyclé ne répond pas aujourd’hui suffisamment aux besoins des éditeurs”.

Marie Bascoulergue

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