Zéro déchet semaine 9 : et le papier toilette ?

Publié le 10 avril 2018 à 17:32 Ma vie zéro déchet | 750 vues

Marine s’est lancé un défi : atteindre le zéro déchet (ou presque). Depuis plus de deux mois, elle fait la chasse à ses détritus et aux emballages polluants. Cette semaine, elle vous parle du papier toilette.

Petite devinette : il est doux, rose, blanc ou à motifs et se décline même en version parfumée. C’est le meilleur ami de nos petites fesses et sans lui, on se retrouverait bien dans la panade. Réponse : le papier toilette, bien sûr. Démocratisé à partir des années 1950, le papier toilette est devenu un indispensable de notre quotidien. Selon le site Planetoscope, un Français consommerait en moyenne 103 rouleaux de 60 grammes par an, ce qui correspond à plus de 6 kilos. Ça en fait du papier pour notre postérieur ! Sans compter les rouleaux vides qui atterrissent dans notre poubelle et surtout le fameux plastique qui les entoure. Dans ma démarche zéro déchet, je me suis alors posée cette question : existe-t-il donc une alternative ? Sur les forums et blogs dédiés, nombreux sont ceux à parler du papier toilette… lavable ! On utilise bien des couches pour bébés et des serviettes hygiéniques lavables, avancent certains « zero wasters ». Sur Internet, on en trouve de toute sorte, comme celui proposé par la boutique en ligne zéro déchet Petit Poh. Colorés, les papiers toilettes lavables proposés sont composés de trois épaisseurs : coton, coton nid d’abeille et éponge. Une fois utilisés, ils se lavent tout simplement à la machine. Pour la désinfection, sa créatrice conseille de mettre de l’huile essentielle de Tea Tree lors du lavage.

Le papier toilette lavable, oui mais non

Pour les adeptes, le papier toilette lavable est la solution idéale. Il est économique et écologique. Chaque année, un Français dépenserait entre 17 et 85 euros en papier toilette. Pour l’environnement, c’est aussi une catastrophe. Toujours selon Planetoscope, 3,2 arbres sont abattus chaque seconde dans le monde pour fabriquer du papier toilette. En septembre 2017, l’ONG Greenpeace avait épinglé Essity, le premier fabricant européen de mouchoirs et de papier toilette. Celui-ci possède notamment la marque Lotus. Dans son rapport, elle l’accusait de participer à la destruction de régions clés dans les forêts boréales du Grand Nord. « En Suède, Essity achète de la pâte à papier auprès de sa société-sœur SCA. Celle-ci prélève des arbres dans des forêts clés identifiées par le gouvernement suédois comme ayant une grande valeur écologique. Ces zones abritent aussi des espèces menacées. En parallèle, SCA replante une espèce invasive de pin qui met en péril le mode de vie du peuple same », déplorait l’ONG. Des arguments qui pourraient me convaincre à passer au papier toilette lavable, mais de là à l’adopter, je passe mon tour. « Tu n’as qu’à aller au lavoir pendant que tu y es, tu feras des économies d’eau, c’est mieux pour la planète », m’avait lancé ma mère. Cette alternative est clairement ma limite dans ma démarche zéro déchet. Certes, ce sont mes propres « déchets », mais je ne me sens pas prête. Et puis laver son papier lavable a tout de même un coût énergétique. Si je dois faire dix mille machines par semaine, bonjour la facture d’eau à la fin du mois. « Et utiliser le papier lavable juste pour le petit pipi ? », m’a souligné une amie. Pourquoi pas, cela permettrait de réduire un peu ma consommation de papier jetable. À essayer lorsque j’en aurais vraiment marre d’acheter mes rouleaux de PQ. Autres solutions : la douchette (se passer un jet d’eau) ou se nettoyer au bidet. Très bien, sauf que je n’ai pas de bidet et la douchette ne semble pas être l’alternative écologique la plus hygiénique. Dans une interview accordée à Atlantico en 2014, Stéphane Gayet, médecin des hôpitaux au CHU de Strasbourg, chargé d’enseignement à l’Université de Strasbourg et conférencier, expliquait que cette pratique est peu « recommandable sur le plan de l’hygiène microbienne ». Elle « provoque inéluctablement une aérosolisation de microparticules et de microgouttelettes fécales dans l’environnement. De surcroît, elle induit un déversement de débris fécaux dans le conduit d’évacuation de la baignoire ou de la douche, à l’origine d’une pullulation microbienne dans le siphon et la canalisation, elle-même néfaste sur le plan de l’hygiène et source d’odeur nauséabonde ».

Et les tubes ?

Exit le papier toilette lavable, la douchette et le bidet. Que faire alors ? Me tourner vers des papiers dits écologiques, fabriqués avec du papier recyclé. Ces derniers se retrouvent facilement dans le commerce et sont labellisés Ecolabel européen (la petite fleur), entre autres. Ces papiers sont certes moins doux mais plus respectueux de l’environnement. Seul hic ? Le film plastique qui les protège. J’ai beau chercher, mais je n’ai pas trouvé de rouleaux en vrac ni de rouleaux vendus dans un emballage carton. Si vous avez une solution, je suis preneuse ! En 2016, lorsque j’avais rencontré Béa Johnson, la reine du zéro déchet, je lui avais demandé comment elle faisait concernant le papier toilette. « Je l’achète dans un magasin qui vend pour les restaurants et les hôtels car dans ce cas, ils sont vendus individuellement dans du papier ou par paquet dans des cartons. À l’intérieur, ce n’est pas du plastique. Et quand j’y vais, j’en achète tout un tas et assez pour remplir mes étagères de plusieurs rouleaux. Vous pouvez trouver ça facilement », m’avait-elle répondu. Non, désolée, je n’ai pas trouvé. Peut-être est-ce plus facile aux États-Unis…

Autre souci : les tubes. Ces derniers sont à recycler mais restent tout de même des déchets. « Pourquoi tu ne prends pas les rouleaux jetables dans la cuvette ? », m’avait alors demandé ma mère. C’est en effet ce que propose la marque Lotus avec son fameux « AquaTube ». Une fois terminé, celui-ci se jette dans les toilettes et se décompose. Sur son site, Lotus vante les mérites de son innovation. Le tube « étant composé de la même matière que le papier toilette, on peut s’en débarrasser en le jetant dans les toilettes. Il se dispersera dans les canalisations en même temps que le papier toilette », explique-t-elle, précisant par ailleurs que « 100% de la pâte à papier utilisée pour fabriquer le tube AquaTube provient de fournisseurs certifiés par des organismes indépendants experts en gestion durable de la forêt ». Outre le fait qu’il peut se jeter dans les toilettes, le tube est aussi compostable, comme ceux en carton. Séduisant, mais est-ce vraiment la solution ? En 2014, un élu de la mairie de Paris avait dénoncé ces rouleaux censés mettre fin aux disputes concernant le tube laissé sur la cuvette des toilettes. Selon Mao Peninou, l’ancien adjoint en charge de l’assainissement à la mairie de Paris, ces produits représentent une « charge supplémentaire » pour le réseau francilien d’assainissement de l’eau « alors qu’il serait préférable qu’il soit recyclé dans la poubelle de tri ou composté ». Et d’ajouter : « même si le rouleau se décompose, il vient salir l’eau, provoque des dépôts et vient encrasser nos usines de traitement d’eau ».

J’ai préféré garder mes rouleaux de papier classique. Mais que faire alors de mes tubes ? Étant en carton, ces derniers peuvent être mis dans le compost. Attention toutefois à mettre des petits morceaux humidifiés. Ils peuvent aussi avoir une seconde vie. Sur Internet, il existe de nombreux tutos pour transformer ses tubes. Il est par exemple possible de faire des pots à crayons, des mangeoires pour les oiseaux, un calendrier de l’Avent et même des objets décoratifs. Les enfants peuvent s’amuser à les peindre et à créer des personnages. J’ai particulièrement été séduite par les idées proposées par le site Fresh Idées.

Marine VAUTRIN

  1. Bel article, qui met en lumière différents aspects. Dure problématique que le PQ… dans le cheminement vers le zéro déchet, probablement le point le plus difficile.
    Chez nous, on a installé une douchette sur les WC pour la petite commission, et jamais je ne reviendrai en arrière, tellement plus hygiénique, je me sens tellement plus propre (sans parler de la facilité extrême pour rincer la cup pendant la période rouge, et de la propreté totale de cette zone, ce que j’apprécie encore plus à ce moment-là).
    Pour la grosse commission, celle qui est toujours la plus problématique, je vais bientôt passer le pas (c’est en faisant des recherches en ce sens que je suis tombée sur cet article !). Pour reprendre les paroles de ce cher professeur cité : “elle provoque inéluctablement une aérosolisation de microparticules et de microgouttelettes fécales dans l’environnement” : en effet, tout comme faire caca fait des projections sur la cuvette, sans parler de quand on tire la chasse sans fermer la lunette… ce sont en effet les mêmes. C’est pour cela que nous nettoyons sous la lunettes des WC non ? (par ailleurs, nettoyer ses WC avec la douchette est un gros gain pratique aussi). Sur le point des débris dans le siphon et la canalisation, cela ne concerne pas l’utilisation de la douchette reliée au WC, vu que dans tous les cas, nos excréments vont dedans.
    J’ai tenté la douchette dans le cas de grosses commissions, cela demande un petit apprentissage, et pour moi cela ne dispense pas d’un essuyage ensuite pour être complètement propre, je suis peut-être trop maniaque pour ça, mais c’est mon point de vue personnel. Du coup je vais compléter avec du papier toilette lavable pour la finition. Ca ne sera pas plus compliqué à gérer que les lingettes lavables que j’utilise pour les fesses de mes enfants… qui le vivent bien, et n’ont pas de maladies supplémentaires (en fait, je ne sais si c’est lié à notre mode de vie global, mais ils sont moins malades que la moyenne !).
    Bien sûr, nous garderons toujours un rouleau pour nos invités, nous avons une vie sociale épanouie 😉

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