Choc toxique lié aux règles : une collecte de tampons est organisée

Publié le 20 octobre 2016 à 17:33 Aujourd'hui

En France, les cas de choc toxique lié aux règles se multiplient. Face à cette recrudescence inquiétante, des chercheurs de l’hôpital de Lyon lance une grande collecte de tampons usagés pour faire avancer la recherche sur ce syndrome.

En 1990, plus aucun cas de syndrome du choc toxique (STC) n’était recensé en France. Mais la maladie a réapparu et ne cesse de croître. Cinq cas ont été déclarés en 2004, 19 en 2011 et 22 cas en 2014. Le STC reste rare, mais son augmentation inquiète les scientifiques qui ne trouvent pas d’explication. Le Centre national de référence des staphylocoques des Hospices Civils de Lyon a décidé de lancer une enquête pour tenter de comprendre ce syndrome.

C’est quoi au juste ?

Le syndrome du choc toxique est une infection grave, potentiellement mortelle. Elle est causée par des toxines produites par une bactérie, le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus). Elle est naturellement présente chez 30 à 40% de la population au niveau du nez, de la peau, ou du vagin. L’infection n’est donc pas seulement due aux règles mais peut apparaître après une opération, une blessure ou un traitement affectant le système immunitaire. Les rares femmes porteuses de la bactérie (1%) dans leur vagin sont plus à risque. Si elles portent un tampon au moment de leurs règles, « le fluide menstruel est bloqué, il va rester au chaud. C’est donc un milieu de culture formidable et s’il y a cette fameuse bactérie, elle va se mettre à produire une toxine (TSST-1) qui va passer dans le sang », explique le professeur Gérard Lina.

Il est donc important de changer de tampon très régulièrement, soit toutes les quatre heures. Ce qui est d’ailleurs recommandé sur les notices dans les boîtes. Au-delà de huit heures, cela peut favoriser le développement de la bactérie et donc la production de la toxine. L’infection peut s’avérer dramatique. Après un choc toxique, certaines femmes ont eu des bouts de nez, de doigts nécrosés. Face à la toxine, les organes vitaux se mettent en mode survie. Les extrémités sont alors moins irriguées. C’est ce qui est arrivé en 2012 à l’ancien mannequin Lauren Wasser qui, à l’âge de 23 ans, a dû être amputée d’une jambe.

Objectif : 1 000 tampons usagés

Mais comment l’expliquer ? Plusieurs hypothèses sont avancées comme l’utilisation accrue de tampons, la nature des composants et l’évolution de la flore vaginale due peut-être à l’alimentation. Pour le savoir, le Centre national de référence des staphylocoques des Hospices Civils de Lyon, engagé dans la recherche sur cette maladie, organise une collecte de tampons auprès des femmes qui en ont usage afin de disposer d’un grand nombre d’échantillons bactériens nécessaires à l’avancée de ses travaux.

Les scientifiques espèrent ainsi collecter 1 000 tampons usagés. Les volontaires sont invitées à se rendre sur le site du CHU de Lyon ou à écrire à gerard.lina@univ-lyon1.fr pour recevoir un kit permettant d’envoyer son tampon. Les participantes pourront également savoir si elles sont porteuses de la bactérie l’exposant à ce risque.

Justine Dupuy

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