elle est pas belle ma plante ?

Plantes « dépolluantes » d’intérieur : une escroquerie ?

Publié le 15 février 2019 à 14:39 Jardin et potager | 384 vues

Cela fait déjà une dizaine d’années que les propriétés « dépolluantes » de certaines plantes d’intérieur ont le vent en poupe. Des qualités certes prouvées à grande échelle, mais qui sont loin de remplir les conditions souhaitées dans un intérieur domestique. Explications.

Comme il est bon de rentrer chez soi après une journée harassante exposée à toutes sortes de particules nocives, en ville comme à la campagne. Pourtant, il semblerait que nos intérieurs ne nous protègent pas tant que cela des impuretés qui flottent dans l’air. Ils se révéleraient parfois même infestés par de nombreuses particules polluantes liées aux meubles et objets. En cause, l’utilisation de matériaux ou de produits ménagers divers et variés peu soucieux de notre santé.

L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) estime même que l’air intérieur est 5 à 10 fois plus pollués que l’air extérieur, bien que les polluants en question ne soient pas les mêmes. Pour la plus grande part, l’intérieur des logis est souvent concentré en formaldéhyde et dérivés présents dans les colles des meubles en bois, une substance cancérigène que l’on ne retrouve qu’assez peu en extérieur.

Pour lutter contre cette pollution intérieure, une industrie de plantes dites « dépolluantes »  s’est développée ces dernières années. Mais ces dernières sont-elles vraiment efficaces ?

Plantes dépolluantes : une installation inefficace ?

Liane ou lierre du diable, langue de belle-mère, palmier kentia howea, ces noms possèdent une certaine renommée chez les chantres de la fraîcheur de l’air intérieur. Ces végétaux parmi une quarantaine d’autres auraient l’extraordinaire capacité de conférer à l’air de vos appartements une pureté quasiment digne des forêts boréales canadiennes. Il n’en est à peu près rien. Pour preuve, l’ADEME qui s’intéressait de près à ce type de développement a cofinancé une étude très détaillée du nom de Phyt’air durant 8 ans et initiée en 2002.

Les résultats ont démontré que comme pour beaucoup d’autres végétaux ces fameuses plantes « dépolluantes » ont la capacité de détoxifier l’air en aspirant du CO2 pour rejeter de l’oxygène. Demeure un léger problème d’échelle pourtant. Dans une pièce test de 11×10m, il apparaîtrait que deux, trois ou quatre plantes n’auraient aucun effet significatif d’abattement des polluants intérieurs. En effet, au vu des résultats obtenus par l’étude phyt’air, Laurence Galsomiès, animatrice sectorielle de l’ADEME estime qu' »il faudrait une centaine de plantes de ce type pour arriver à un abattement réel des polluants« . Autant dire une petite jungle dans votre bureau ou votre appartement qui part l’effet d’évapo-transpiration devrait faire gentiment moisir chaque recoin de votre espace. Pour la qualité de l’air, on se passera donc de cette brillante idée.

Garantie Vu à la NASA

Mais d’où vient cette légende tenace ? Le mythe proviendrait d’expérimentations américaines menées par le docteur Wolverton pour le compte de la NASA autour des années 1980 dans des conditions toutefois bien différentes. Le but recherché à l’époque consistait en l’épuration de navettes spatiales extrêmement chargées en polluants lourds et particuliers. Le dispositif en question relevait plus de la pompe faisant passer l’air à l’intérieur d’un substrat végétal que d’une simple plante verte en pot. Et pourtant, les sites de jardinage ainsi que les commerçants du secteur sont encore légions à vanter les vertus « dépolluantes » de ce type de plantes en leur faisant quasiment porter le label « vu à la NASA ».

Toutefois les travaux de l’agence spatiale américaine ont tout de même inspirés d’autres techniques de filtration de l’air tel que le projet Biotair qui utilise une épaisse couche de végétaux allant de 50 cm à 1 m testé jusque-là au-dessus de tunnels routiers entre 2011 et 2014. Bien que la mise en place du processus se soit révélée coûteuse énergétiquement et financièrement, les résultats semble au rendez-vous puisque le dispositif permet d’abattre en moyenne des taux de concentration de polluants dans l’air de 60 à 85 %. 

La phyto-épuration (nom scientifique de la purification de l’air par les végétaux) reste donc une solution très prometteuse, mais ne s’adapte que très difficilement en intérieur et surtout pas par l’intermédiaire de plante en pot.

Aussi, s’il n’est pas faux qu’à grande échelle certaines plantes puissent favoriser l’amélioration de l’air ambiant, ne vous imaginez pas exterminer les particules de vos espaces de vie sur la promesse de quelques pots spécifiques en intérieur.

Martin Dawance

Surprise

Une semaine après la France, Loop arrive aux USA

> Toutes les vidéos

Rappel de produit

> Tous les rappels de produit

Sur le même thème